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Halte au formatage

  • Photo du rédacteur: Alex Metzinger
    Alex Metzinger
  • 18 déc. 2025
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 22 déc. 2025

Parfois, un simple déplacement du corps suffit à faire surgir une parole plus juste. Parfois, c’est une phrase qu’on ose enfin formuler autrement. Mais très souvent, le véritable basculement naît d’un geste plus radical : accepter de clarifier ce que l’on veut vraiment dire, sans chercher immédiatement à bien le dire. C’est là que la parole cesse d’être prudente pour devenir nécessaire.


Je suis profondément convaincu que la prise de parole ne supporte pas le formatage. Les discours trop bien calibrés, trop propres, trop sécurisés finissent par s’éteindre d’eux-mêmes. Ils rassurent peut-être celui qui parle, mais ils laissent l’auditoire à distance. À l’inverse, une parole qui assume un point de vue, qui prend le risque d’un angle, d’un rythme, d’une faille parfois, crée immédiatement de la présence. Elle existe. Elle engage.


Mon travail consiste précisément à faciliter ce passage. À aider celles et ceux que j’accompagne à sortir des automatismes, à desserrer les carcans, à s’autoriser autre chose que le « bon discours ». Cela passe par le corps, par la voix, par la respiration, bien sûr. Mais surtout par une question simple et redoutable : qu’est-ce que vous avez réellement envie de dire, ici, maintenant, à ces personnes-là ?


J’accompagne des dirigeants, des élus, des managers, des étudiants souvent confrontés à des situations à forts enjeux. Des contextes où l’on croit qu’il faudrait se protéger davantage, lisser encore plus, contrôler chaque mot. Mon expérience, notamment dans le secteur public et les environnements institutionnels exigeants, m’a appris l’inverse : plus l’enjeu est élevé, plus la parole doit être vivante, incarnée, assumée. Pas imprudente — mais engagée.


Ma pédagogie repose sur une écoute attentive et une observation fine. J’aime regarder comment une personne entre dans l’espace, comment elle respire avant de parler, comment elle s’excuse parfois sans s’en rendre compte, comment elle se retient. Et j’aime surtout accompagner le moment où elle accepte d’essayer autrement. Tester une autre mise en espace. Changer un appui. Impliquer davantage son équipe. Modifier la dynamique d’une salle. Se tromper, corriger, recommencer, oser. Et donner corps à la parole.


Les retours que je reçois à l'issue d'un coaching ou d'une formation vont souvent dans ce sens : une parole plus libre, un stress mieux apprivoisé, une présence plus affirmée et surtout une confiance retrouvée pour les prises de parole suivantes. Parce que l’accompagnement ne vise pas une performance ponctuelle, mais l’installation d’un mouvement. Quelque chose qui continue de travailler après.


Je ne cherche pas à fabriquer des orateurs lisses. Je n’ai aucun intérêt pour les interventions interchangeables. J’accompagne pour que chacun trouve sa voix. Pour que la parole devienne un terrain d’expérimentation, pas un exercice sous contrainte. Pour que le risque — mesuré, conscient, assumé — redevienne un moteur, et non une menace.


Quand le corps se libère un peu, quand la voix cesse de se crisper, quand le rythme respire, la pensée suit. Et quand la pensée s’autorise un pas de côté, le corps répond. C’est dans ce va-et-vient, dans cette circulation vivante, que la parole prend de l’épaisseur. Elle cesse d’être une démonstration pour devenir un acte.


C’est souvent à ce moment précis que quelque chose change. La parole gagne en netteté, en simplicité, en force. Elle n’essaie plus de convaincre à tout prix ; elle affirme. Elle ne cherche plus à plaire ; elle touche.

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