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Vouloir trop bien faire : un frein discret à la prise de parole

  • Photo du rédacteur: Alex Metzinger
    Alex Metzinger
  • 5 déc. 2025
  • 2 min de lecture

Dans de nombreuses interventions, un même réflexe apparaît : celui de vouloir trop bien faire. Non pas l’exigence – qui est légitime – mais une volonté d’anticiper chaque détail, de contrôler chaque nuance, de supprimer toute hésitation. Ce réflexe conduit souvent à sur-préparer, à figer son discours, à répéter jusqu’à s’éloigner du sens premier de l’intervention.

Le problème n’est pas la préparation, mais ce qu’elle produit lorsqu’elle devient un objectif en soi : elle déplace l’attention. On quitte le terrain du message pour se concentrer sur sa performance, sa mémoire, sa capacité à “tenir” sans défaillir. Les travaux de psychologie cognitive montrent que cette autoconscience excessive mobilise une partie des ressources attentionnelles qui devraient être disponibles pour tout autre chose : lire les réactions, ajuster son propos, simplifier une idée complexe, écouter vraiment.


Une prise de parole est un moment vivant. Les micro-hésitations, les mots qui butent, les respirations imprévues ne sont pas des fautes : ce sont souvent les traces visibles d’une pensée en train de se construire. Elles humanisent l’oral. Elles créent du rythme. Elles donnent parfois plus de poids à une idée qu’une phrase parfaitement lisse. Ce qui discrédite un orateur n’est pas l’hésitation, mais la lutte contre elle ; non pas la respiration profonde, mais la volonté de la masquer.


L’efficacité d’une intervention repose moins sur la maîtrise absolue que sur la capacité à rester présent, stable et adressé. Le public ne demande pas une démonstration, mais une parole claire – et incarnée. Les études sur l’attention (études de Treisman sur les stimuli non prioritaires) rappellent que l’auditoire retient surtout la structure, l’intention et l’énergie du propos, bien plus que les détails stylistiques ou les accidents de formulation.


C’est souvent au moment où l’on cesse de viser la perfection formelle que le propos gagne en justesse. La parole devient moins lisse, mais plus vraie ; moins contrôlée, mais plus adressée ; moins performée, mais plus entendue.

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